05.10.2009
Les habitants de Saint-Anne
Il venait à Méailles une fois par semaine, le samedi matin. On le voyait, déboucher sur la Place après avoir grimpé le sentier de la Gare, et monter les escaliers de l'Eglise pour venir s'adosser au mur, à droite de la porte, là ou le soleil pointait en premier.

Il saluait ses plus proches voisins, déjà sur place, habitant un peu plus loin que lui dans le vallon, Jeanne dont la robe flottait au vent amplifiant encore ses formes, et son compagnon, efflanqué, son feutre noir enfoncé sur le tête d'où s'échappaient des cheveux longs et blancs.
Dans les années 60-70, il y avait encore trois épiceries à Méailles, dont deux faisaient office de dépot de pain, et la troisième détenait le monopole du tabac.
De plus le samedi, Monsieur Paban, le boucher d'Annot, arrivait en klaxonnant depuis la Fontaine dans son "tube" pour ravitailler les habitants de Méailles et des campagnes en viande fraîche.
Félicien remplissait son sac ce jour là, comme tout le monde. Cela évitait de prendre l'autorail pour aller à la ville , Annot, et permettait d'avoir des nouvelles les uns des autres.
Je me souviens très bien de son visage, ce qui me frappait chez lui étaient ses pommettes rondes, roses et luisantes.
Je pensais toujours "il brille comme un sou neuf", et sa propreté et son allure contrastaient étrangement avec celle de ses voisins...
La vie à Sainte-Anne ? Un peu d'agriculture, un peu d'élevage, la cueillette de la lavande.

Félicien "pèle" la lavande.

Philomène Sauvan 1866-1947, mère de Félicien, avec ses poules.
Une vie simple et tranquille, semblable à celle des habitants des villages de la vallée de la Vaïre, émaillée de joies et de peines , comme toutes les vies.
Un grand vide lorsque Florentin, le cadet, 20 ans ne revient pas de la guerre de 14-18.

FLORENTIN EYFFRED CL-1914 ALSACE 7-5-1915
Il faut pourtant faire face, la vie continue pour celles qui restent.

06:46 Publié dans Galerie de Portraits | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : vive la vie
10.05.2009
Morts au champ d'honneur 14-18
Méailles a payé un lourd tribut et nombreux sont ceux qui ont donné leur vies pour défendre la patrie.
Ils sont inscrits en lettres d'or sur le Monument aux Morts,
sous la devise latine
« PRO ARIS ET FOCIS »,
qui au-delà de « Combattre pour la Patrie »,
prend ici une dimension plus profonde.
Leurs noms sont égrenés dans le silence chaque année pour la cérémonie du 11 novembre.
ACHILLE RAYNAUD CL-1911 BELGIQUE 3-8-1916
FELIX FORTOUL CL-1901 MAUREPAS 25-8-1916
JULIEN BONNET CL-1915 SAILLYS 10-11-191
LOUIS DAUMASSON CL-1913 VOSGES 22-9-1914
ALBERT GUIRAND CL-1901 ECROUVES 2-10-1914
CASIMIR GEBELIN CL-1893 DUNKERQUE 12-11-1914
AUGUSTE IMBERT CL 1908 FALAISE 29-11-1914
JULIEN IMBERT CL-1908 BETHINCOURT 24-9-1914
JULIEN LATIL CL-1887 CROUY 8-11-1915
FLORENTIN EYFFRED CL-1914 ALSACE 7-5-1915
FELICIEN BALP CL-1902 ALSACE 9-5-1915
DESIRE FORTOUL CL-1898 VERDUN 10-5-1915
JULES SAUVAN CL-1891 MARSEILLE 20-9-1915
JOSEPH HONORE CL-1898 ECROUVES 4-10-1915
DAMIEN SAUVAN CL-1910 DAKAR 28-1-1916
REYMOND SAUVAN CL-1897 ARGONNE 6-4-1916
EMILE BONNETY CL-1909 VERDUN 17-8-1916
FLORENTIN FORTOUL CL-1901 MAUREPAS 24-8-1916
AUGUSTE DOMENGE CL-1911 CH.DD.A 28-10-1917
LUCIEN ROUGIER CL-1913 M. KEMMEL 12-4-1918
MARTIAL FORTOUL CL-1901 S. CHAMP 30-4-1918
ALFRED FORTOUL CL-1917 MOIST 14-9-1918
FERNAND SAUVAN CL-1915 VASSENY 20-10-1918
EDOUARD WALTER CL-1911 SOMME PY 1-10-1918
DISPARUS
EMILE SAUVAN CL-1909 S. MAURICE VO 26-9-1914
BAPTISTIN DAUMAS CL-1908 FLIREY 6-4-1915
SERAPHIN DAVID CL-1915 BOIS SP VAST 5-11-1916
Je les inscris ici pour mémoire et pour ceux qui éventuellement font des recherches.
Voilà toute une génération d'hommes jeunes, morts ou disparus à la guerre qui de ce fait n'ont pas fondé de famille, ce qui a entrainé une importante baisse de population et une chute des courbes de natalité.
Sera bientôt disponible, la généalogie de ceux trouvés sur les registres en ligne.
15:16 Publié dans Patrimoine et monuments | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
06.04.2009
Méailles : Appartement à louer
MEAILLES
CHARMANT VILLAGE DES ALPES DE HAUTE PROVENCE
ALTITUDE 1050 m.
LOCATION SAISONNIERE
NUITEE / WEEK END / SEMAINE / …………..
APPARTEMENT 90 m2 TRES CONFORTABLE
PRIX / 300 € par semaine.
Pour réservation
-
par téléphone: 0630511609
-
par mail: bertaina.viviane@wanadoo.fr
17:34 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
18.12.2008
Méailles : Un Noël blanc
C'était au début des années 60, un mois de décembre neigeux, comme ceux d'antan, pour notre plus grand ravissement à nous les enfants.
Ce matin là, Pépé qui marchait encore sans cannes, ses hanches ne le faisant pas trop souffrir, avait déneigé et salé les escaliers, pour éviter qu'ils ne gélent et deviennent glissants.
Il était descendu à l'écurie au bas du village pour s'occuper de l'âne, et en remontant avait poussé la porte de la cave voutée sous la maison, et décroché un buscail qui pendait du plafond ou séchaient des noix. Nous l'avions suivi avec Mémé et elle releva aussitôt son tablier, geste habituel des femmes de Méailles, formant ainsi un sac improvisé ou Pépé déposa quelques poignées de fruits.
Je souriais... Noël approchait avec son cortège de traditions, de magie, de surprises et d'émerveillement.
Un petit coup d'oeil complice à Mémé, et nous remontâmes au chaud dans la cuisine, laissant Pépé vaquer à ses petites occupations de l'hiver.
Nous savions que, dès ses taches habituelles terminées, en fin d'après midi quand le froid deviendrait piquant et nous réunirait sous la lampe près du poële, il viendrait s'asseoir au bout de la grande table. Le gros mortier en marbre et son pilon de buis sur la toile cirée l'attendraient.
Mémé préparait tout le reste, pâtes de fruits, nougat, gâteaux, pour les friandises, excellents patés de lièvres, daube de sanglier et raviolis.
Mais les noix pour la sauce c'était Pépé. C'était un rite immuable que nous observions en silence et en se délectant déjà par avance, nos petits chevaux colorés n'avançaient plus sur le plateau, car nous ne lancions plus les dès, perdus dans la contemplation de l'incessant mouvement du pilon.
Mémé venait de froisser du papier argent de tablettes de chocolat, et de le déposer sur la belle mousse fraîche, petite rivière ou viendraient s'abreuver les moutons de la crèche.
Le sapin décoré de petits glaçons scintillants luisait devant la fenètre.
Bientôt la Fête pourrait commencer.
Merci Pépé et Mémé pour tous ces beaux moments et ces bons souvenirs.

Je les repasse souvent devant mes yeux ouverts ou fermés, comme un film tournant au ralenti, mais avec les bruits et les senteurs et j'y puise mes forces.
17:45 Publié dans Galerie de Portraits | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
06.11.2008
Lettre à Gustave

Méailles, le 29 mai 1915
Cher papa,
Déjà huit jours que nous n'avons plus rien reçu.
Nous allons tous bien.
Tu diras si tu as reçu notre lette, la carte de maman, celle de Gaston et la mienne.
Tous les jours nous avons la pluie.
Je pense que tu ne seras pas malade.
Reçois cher papa les meilleures caresses de toute la famille
Jeanne Fortoul
Ma grand mère avait treize ans lorsque'elle écrivit cette lettre à son père en détachement à Vesoul, d'une belle écriture fine et sans une faute.

Gustave Fortoul, mon arrière grand-père, reviendra sain et sauf de la guerre quelques années plus tard, et une petite fille Irène naitra, agrandissant ainsi la famille.
Malheureusement Gustave décedera en septembre 1923, des suites de blessures d'une ruade dans le ventre que lui asséna une bête de somme.
Ainsi va la vie...
11:02 Publié dans Guerre 14-18 | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note


